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Les tornades en Charentes et en Charente Maritime
(dossier actualisé le 1er septembre 2006 par Nicolas 17/69)
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Introduction :
Les Charentes sont sujettes aux gros coups de vent et violents orages localisés, qui éclatent régulièrement, aspect assez méconnu d'une région au climat par ailleurs si doux et à l'ensoleillement si agréable.
Cette étude des tornades porte sur une portion de territoire centrée sur la Charente Maritime (v. carte ci-dessous). Sur cette zone les résultats de mes recherches ont fait ressortir des évènements réguliers, même si minoritaires par rapport aux autres évènements orageux (19 cas de tornades avérées ou fortement probables sur les 12 dernières années, les mieux étudiées).

La carte ci-dessous localise tous les cas répertoriés sur la zone : tornades recensées/avérées et fortement probables en rouge, cas plus incertains en orange :
(Pour voir la carte avec + de qualité en grand format cliquez-ici)
Rqs :
j’ai rajouté sur cette carte les tornades « hors zone » (Montalivet en Gironde…) dans le but de faire apparaître l’ensemble des tornades connues de la surface couverte de cette carte.
Certains numéros sur la carte n’apparaissent pas dans la liste qui suit. Ce sont des cas que j’ai jugés trop incertains pour y figurer.
Les principaux cas
Voici les cas que j’ai répertoriés jusqu’à présent.
Rq 1 : étudiées grâce aux archives en ligne du journal Sud Ouest, les 12 dernières années (depuis 1994 inclus) sont les seules dont on peut être quasi sûr qu’elles sont exhaustives. C’est sur elles que je me suis basé pour établir les statistiques qui vont suivre.
Rq 2 : les deux périodes 1840-1863 et 1971-2004, inaugurées à chaque fois par une très violente tornade (la F3 de Varaize en 1840 et la F4 de La Rochelle en 1971), semblent relever davantage d’une flambée « informative » que climatique.
Les cas les plus incertains figurent en violet.
Bonne lecture !
Liste des cas (fortement probables pour 6 d’entre eux) + trombes marines entre 1970 et 2004 :
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Quelques photos
Images n° 1 :
Image n° 2 :
Dégâts causés par la F4 de La Rochelle en 1971 (photos Sud Ouest)
Photo n° 3 :
Dégâts causés par la F4 de La Rochelle en 1971 (photos Sud Ouest)
Photo n°4 :
Tornade de Matha le 4 juillet 1975 : pierres tombales descellées et renversées (cliché Noé Bourgoin)
Tornade de Haimps le 14 novembre 1982 : l’église après le passage de la tornade (cliché Noé Bourgoin)
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Ébauche de statistiques
- Ces statistiques se basent sur les 12 dernières années (depuis 1994 inclus), les seules qu’on puisse supposer à peu près exhaustives.
- Elles concernent l’ensemble de la zone étudiée.
- Elles sont calculées à partir de la liste des cas recensés, avérés et fortement probables. Les cas plus incertains en sont bien sûr exclus, ainsi que les trombes marines.
- La grosse majorité des trombes concernées sont des F1-F2. Ces statistiques ne concernent donc pas la totalité des trombes qu’on peut estimer sur la région (incluant toutes celles qui pourraient passer inaperçues). Elles ne concernent pas non plus la totalité des F0 repérées et(ou) destructrices, qui à elles seules représenteraient presque 1 cas par an. A l’inverse, les trombes plus fortes (F3 et f+) sont évidemment beaucoup plus rares.
Taux de fréquence estimé sur les 12 dernières années en zone charentaise : une tous les 7,5 mois en moyenne.
Les années avec plusieurs tornades :
Période ancienne : 1856 (2 évènements).
Deuxième période : 1971 (3 évènements le même jour), 1982 (2 évènements), 1989 (2 évènements), 1997 (3 évènements*), 1998 (2 évènements), 1999 (2 évènements), 2002 ?** (2 évènements), 2004 (2 évènements), 2005 (2 évènements).
Années sans tornade : sur les 12 dernières années, il n’y a probablement pas eu de tornade en 1995. A noter également que pour l’instant 2006 n’a vu aucune tornade significative.
Les tornades très puissantes (F3 et +) : on en compte 3 en 35 ans, ce qui fait une occurrence moyenne de 11-12 ans. Je n’oublie pas cependant que le nombre réduit de ces très grosses tornades et la brièveté de la période étudiée rendent aléatoire cette dernière ébauche de statistiques… Il aurait fallu pouvoir les faire sur au moins un siècle d’affilée.
1971 (la F4 de La Rochelle), 1989 (la F3 de Barbezieux), 1996 (la très puissante F2 ou F3 de St Georges de Didonne).
* : la trombe de Chabanais n’a pas été incluse car située hors de la zone étudiée.
** : ici, j’ai inclus le cas de St Mandé/Brédoire pour lequel on suppose qu’il est survenu en 2002, mais sans pouvoir l’assurer.
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Notions géographiques et pistes climatologiques
Quand on regarde dans mon étude la carte des lieux touchés par les tornades, on voit que ces dernières se concentrent pour une bonne partie dans des couloirs d'orages situés au nord de la Charente Maritime. J’ai déjà évoqué plus haut ces fronts de rafales orageux très localisés qui éclatent régulièrement dans la région, région que les 13 tornades déjà recensées (tornades anciennes comprises) font rentrer dans les zones sensibles.
La Charente Maritime comprend dans sa partie Nord-Ouest une zone de marais au relief inexistant. Sa partie Nord/Nord-Est est une région de plaines céréalières quasi plate également. Plaines qui laissent ensuite la place aux vignes dès que l’on approche la région de Cognac au sud de Matha. Ce n’est qu’un peu avant Angoulême que le relief commence à se creuser nettement pour aboutir aux premiers contreforts du Limousin (Charente de l’Est).
Photos n° 6 et 7 :
Paysage des Vals de Saintonge (nord est 17) et Paysage en Aunis (nord ouest 17)
D’après un météophile charentais, les fréquents conflits entre l'air surchauffé de ces plaines céréalières très calcaires du NE du 17 et l'air frais et humide en provenance des marais pourraient avoir pour effet de créer un micro climat propice à l'instabilité et donc aux orages.
L’estuaire de la Gironde et son apport d’humidité jouerait également un rôle.
Je ne peux trop m'étendre là-dessus faute de réelles compétences dans ce domaine, mais la chose à mon avis mériterait d’être étudiée.
La région concernée par cette ligne suit d’ailleurs curieusement la frontière administrative nord-ouest de la Charente Maritime en évitant la Vendée. J’ai pu constater en consultant une carte géologique que cette frontière correspondait en outre à une « frontière » géologique entre deux types de sols différents. Constatation que je n’ai pas creusée davantage mais qu’un internaute a étoffée en soulignant les relations qu’il pouvait y avoir entre l’existence de frontières géologiques et l’activité électrique orageuse.
Les Charentes n’ont pas un nombre d’orages par an aussi important que d’autres régions de France, en particulier les régions montagneuses et celles situées dans le traditionnel couloir d’orages. Par contre les orages violents y éclatent régulièrement. Étant donné que la fréquence des orages et celle des tornades ne sont apparemment pas proportionnelles (les tornades étant plus nombreuses dans les plaines du Nord et du centre Ouest), qu’en est-il alors des causes locales favorisant les tornades chez nous ?
Trombes, tubas et tourbillons de poussière
Trombes marines
Renseignements pris à Météo France La Rochelle, elles seraient relativement fréquentes dans les pertuis ou au large des côtes charentaises puisqu’on en rencontre au minimum quasiment tous les ans principalement entre septembre et novembre (chaleur gardée par les eaux se heurtant aux températures de l’air devenu plus froid).
A cette époque la plus favorable, ce sont surtout les marins et autres professionnels de la mer qui doivent les observer le plus souvent. Des navires en signalent régulièrement au CDM de La Rochelle. Celle rapportée et médiatisée en 1992 aurait été exceptionnellement observée en été un dimanche après-midi, en pleine affluence touristique.
Tourbillons de poussière
Appelés « sorcières » dans la région, ils seraient eux aussi relativement communs chez nous. Un internaute a même évoqué un coin particulièrement propice dans l’Aunis près du Marais Poitevin.
Tubas et trombes faibles
Tubas
Beaucoup plus fréquents que les tornades stricto sensu (c’est-à-dire phénomènes ayant touché le sol), la plupart des tubas passent inaperçus. La population essentiellement rurale des terres de l’intérieur ne se préoccupant pas en général de rechercher, photographier et encore moins de rapporter les tubas, et vu la présence quasi inexistante de passionnés chasseurs d’orages dans nos coins, l’énorme majorité de ces évènements précurseurs (rotations mésocycloniques, tubas plus ou moins « mûrs »…) ne sont pas vus, les gens préférant naturellement rester à l’abri quand l’orage menace, ce qui se comprend ( !). Et les quelques témoins locaux potentiels (agriculteurs, viticulteurs, marins, natifs non passionnés…) ne voient probablement pas l’utilité de rapporter aux médias ce genre de choses.
2 tubas ont néanmoins été photographiés récemment, notamment à la Pointe des Baleines (île de Ré) le 29 juin dernier :
(clichés Marc Rauch, m17aunis)
Tuba (Pointe des Baleines 29 juin 05) et Tuba (pertuis breton, 30 mai vers 16 h)
Trombes faibles
Un proche m’a révélé récemment que pratiquement tous les ans, une trombe faible (tornade F0 ? Gustnado ?) était repérée en Charente Maritime ou proches environs : quelques secondes de durée, couloirs très étroits (30 m), quelques branches cassées et tuiles arrachées comme dégâts en général, selon sa description précise. Bien que comportant une grosse majorité de F1-F2 (avérées ou supposées), ma liste précédente comprend aussi quelques cas relevant de ce paragraphe et qui auraient franchi le cap de la médiatisation au moins locale, notamment la trombe vue à St Xandre en 2001. Par souci de rigueur (ne disposant que d’une seule source), je n’ai pas intégré la totalité supposée de ces trombes dans mes résultats plus haut.
A tout cela, il faut bien sûr encore ajouter les trombes faibles qui passent inaperçues et dont on ne peut qu’estimer le nombre. Si on veut vraiment être exhaustif, on peut alors estimer le nombre total à 4-5 trombes annuelles voire plus.
A noter : le caractère agricole de la région augmente sûrement la proportion des petites trombes observées par rapport au nombre total estimé (plus de chance d’observation si on travaille en plein air la journée durant). D’où mon estimation plutôt « réservée ».
Conclusion
Même si une certaine marge d’erreurs est possible, les résultats de cette étude devraient nous faire réfuter définitivement l’adjectif « rare » voire « rarissime », concernant les trombes toutes intensités confondues. Au moins pour cette région, et très probablement pour toutes les régions situées dans le couloir Charentes-NPDC, mis en évidence par Jean Dessens.
La nuance étant simplement qu’une tornade reste, en France, un phénomène extrêmement bref et localisé. De ce fait, elle fera moins de dégâts, beaucoup moins de victimes et va donc moins faire parler d’elle qu’un tremblement de terre par exemple. Elle ne fera donc pas l’objet des mêmes priorités, en matière de Sécurité Civile et prévention des catastrophes, que les inondations ou les incendies de forêt.
Par contre, je n’oublie pas non plus que ces phénomènes sont pris dans leur ensemble, toutes échelles d’intensité confondues. Il est donc évident que les tornades très puissantes (F3 et davantage) sont effectivement rares voire rarissimes : une F4 et peut-être une ou deux F3 pour la période 1970-2004. Une autre F3 pour la période ancienne. Pas de F5 recensée à ce jour. Peut-être pourrait-on conclure à une poignée de très grosses tornades par siècle (un peu comme les « tempêtes du siècle ») ?
Si elles ne sont bien sûr pas aussi fréquentes que les orages, les tornades en Charentes surviennent pratiquement tous les ans, et souvent plusieurs fois par an.
Le recul de 12 ans, sur lequel se basent mes statistiques, ne permet cependant pas d’éliminer totalement l’hypothèse des cycles d’intensité, eux-mêmes liés à l’histoire du climat de notre région. En revanche, l’augmentation classique du nombre de cas qu’on observe dans la plupart des régions dès l’apparition du net ne s’observe pas ici. Difficile également de faire un lien avec le réchauffement climatique, étant donné que les années 2000 semblent marquer une certaine accalmie par rapport à la fin des années 90. Plutôt une question de changement de prédominance des flux…
Enfin, l’énorme trou de 108 ans dans le recensement entre 1863 et 1971 relève à coup sûr de la retombée entre deux périodes de « flambée de recensement ». Ces deux périodes en effet sont inaugurées à chaque fois par une très grosse tornade.